J’ai déjà évoqué plusieurs fois le sujet du recrutement dans l’IT et de mon parcours que l’on juge souvent "atypique".

Il m’a fallu plusieurs années pour comprendre que ce que je prenais pour une faiblesse était en fait une force.

Les diplômes ne sont pas tout

Pendant longtemps, j’ai perçu le manque de diplômes sur mon CV comme un énorme point jouant contre moi.

Pourquoi ça ? Parce que nous sommes formatés pour mettre en avant notre formation, nos diplômes avant tout. La faute à beaucoup de recruteurs qui s’arrêtent sur cette information, et qui ne prennent même pas le temps de voir ce dont est capable le candidat.

Cela fait presque 15 ans que je travaille, et j’ai passé un nombre suffisant d’entretiens pour percevoir ce type de comportement. Je ne compte plus le nombre de recruteurs qui me voyait "en bas" de l’IT vu que je n’avais pas de diplômes. Ces mêmes recruteurs qui n’ont même pas cherché à savoir ce que je savais faire…

Aujourd’hui, c’est typiquement le genre de boites que j’évite directement.

Il faut aussi comprendre la gêne qu’on peut avoir quand la plupart des offres d’emplois sur le marché commencent directement avec l’énoncé des diplômes "nécessaires" pour avoir le job.

Breaking news! J’ai travaillé avec des personnes diplômées et même multicertifiées qui n’avaient absolument aucun talent ! A contrario, j’ai côtoyé des autodidactes talentueux !

"Maquiller" un diplôme n’EST PAS la solution

Petite dédicace à mon ancienne SSII qui, il y a quelques années, avait trouvé la parade pour compenser mon manque de diplôme… en rajoutant de faux diplômes sur mon CV !

Outre l’aspect moral, vu que je devais mentir à un potentiel futur client, le vrai souci est surtout que le client va s’attendre à ce qu’on ait les connaissances associées à ce diplôme (ce qui est complètement normal soit dit en passant).

C’est d’ailleurs un point qui m’a tellement marqué que je demande à chaque entretien d’embauche si c’est une pratique courante dans l’entreprise quand il s’agit de SSII/ESN.

De mon côté, j’assume complètement le fait que je n’ai pas fait d’études supérieures, même si ça contribue à mon syndrome de l’imposteur.

Les "atypiques" sont de plus en plus chassés

Je côtoie beaucoup de personnes ayant des parcours non scolaires tels que le mien. Force est d’admettre que certains profils atypiques sont de plus en plus chassés. Pourquoi ? Déjà parce que souvent au même âge que certains juniors, nous avons souvent plusieurs années d’expérience. Pour ma part, à 33 ans, j’ai presque 15 ans d’expérience dans l’informatique, ayant quelques périodes de chômage. De plus, le fait que j’ai "gravis les échelons" fait aussi que j’ai conscience des attentes des équipes avec lesquelles je travaille.

De plus, je m’en suis aperçu avec des alternants/stagiaires que j’ai souvent eu autour de moi, nous avons aussi tendance à penser facilement "outside the box" n’ayant pas eu de "formatage" scolaire. Attention, je ne dis pas qu’il est mauvais de penser par rapport aux études que l’on a fait, mais parfois penser en dehors du cadre que l’on connait (et qui donc nous rassure) est aussi une force.

Néanmoins, tout n’est pas rose ! Avoir un profil atypique signifie aussi, souvent, que l’on a du s’investir plus, saisir les bonnes opportunités, avoir deux fois plus à prouver (et à se prouver). Apprendre en dehors de cours n’est pas forcément simple, l’accès à la connaissance est malheureusement souvent une affaire d’argent.

En conclusion

J’ai mis du temps à comprendre que mon parcours était aussi une force, que le fait d’avoir un profil atypique était un moyen de sortir du lot. J’ai aussi eu la chance d’avoir eu des entreprises qui ont cru en moi, en mes compétences (et qui ne l’ont pas regretté).

En échangeant sur le sujet avec mon collègue Thomas (n'hésitez pas à aller voir son blog!), il m’a aussi rappelé un fait, être atypique est actuellement un effet de mode, beaucoup d’entreprises se targuant de recruter des personnes en reconversion professionnelle ou non-diplômées. C’est un travers dont il faut se méfier. Surtout que souvent, dans ce type de structure, le vrai intérêt est que cela permet d’avoir de la main-d’œuvre "bon marché" en la rémunérant moins que des personnes diplômées, mais en leur faisant effectuer les mêmes tâches et en assumant les mêmes responsabilités.

J’ai aussi écrit ce billet pour rappeler aux recruteurs qu’il faut parfois ouvrir un peu son esprit et ne pas se fier aveuglément aux diplômes. D’excellents profils n’en ont aucun. De même, mettre directement en avant le niveau d’étude demandé sur une offre d’emploi peut aussi décourager certains candidats. Le souci vient aussi parfois du fait qu’il est plus difficile de jauger un candidat qui n’a pas suivi un cursus "standard", c’est pourquoi en tant que recruteur, il peut être utile d’être assisté par quelqu’un à même d’évaluer le niveau d’un candidat de ce type.

Et vous, qu’en pensez-vous ?